La Croix-en-Brie : une histoire millénaire au cœur de la Brie
Les origines : les premières traces écrites
Sur les terres de La Croix-en-Brie, des outils en silex découverts par des agriculteurs témoignent de passages humains anciens. Cependant, aucune implantation durable de la Préhistoire ou de l’Antiquité n’a laissé de traces visibles sur le territoire communal.
Le véritable point de départ de notre histoire s’inscrit dans le parchemin. En 632, le mot « Brie » apparaît pour la première fois dans les écrits. Mais c’est en l’an 700 que La Croix entre officiellement dans l’Histoire avec cette mention : Crux capella in pago Meledunensi — La Croix, chapelle en pays melunais.
Au fil des siècles, le nom évolue. En 1107, on parle d’Ecclesia de Cruce. En 1185, le terme La Crux in bria fixe définitivement l’identité briarde de notre village. Quant à l’origine du nom « La Croix », elle renvoie à la fois à un monument chrétien, à un carrefour de routes et aux croix des Templiers à huit branches qui ornent aujourd’hui notre blason.
Les moines, les Templiers et les Hospitaliers
Au Moyen Âge, La Croix n’est encore qu’une humble chapelle entourée de cabanes où vivent des moines bénédictins. Au XIIIe siècle, tout change : la chapelle devient église, les cabanes prieuré, et les moines propriétaires fonciers.
En 1209, les moines de la Charité, aux prises avec de graves difficultés financières, cèdent l’église aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem pour la somme de 6 000 livres parisis. C’est le début d’une ère fastueuse.
La Croix devient une importante commanderie de l’Ordre de Malte, le plus ancien ordre du monde, fondé en 1140. Les commandeurs y résident dans un grand château entouré de fossés et doté d’un pont-levis. Ils exercent la justice et la seigneurie sur La Croix et les environs, dominant Rampillon, Châteaubleau, Coutençon et le Val de Provins.
En 1312, un tournant majeur : les Templiers cèdent tous leurs biens de La Croix aux Hospitaliers. Les Templiers étaient davantage liés à Provins, mais ils ont laissé leur empreinte sur notre commune. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, pas moins de 29 commandeurs se succèdent à La Croix.
Guerres et destructions
L’histoire de La Croix n’est pas exempte de tourments. En 1432, les Anglais s’emparent de Provins. Le commandeur de Giresme résiste vaillamment et les repousse, mais ils finissent par revenir en force. Par vengeance, ils détruisent la commanderie de Provins. À partir de ce moment, tous les biens de celle-ci sont réunis à La Croix, et le commandeur de Giresme devient celui de La Croix-en-Brie.
En 1544, face à l’insécurité croissante — et en anticipation de la guerre des religions qui éclate en mars 1562 — les habitants obtiennent de François Ier la permission d’entourer la ville de remparts et de fossés. Des traces de ces fossés existent encore aujourd’hui.
L’église : témoin des siècles
L’église actuelle est une splendeur du XIIIe siècle. Construite avec les matériaux de l’ancien édifice et des grès extraits de carrières voisines, elle se compose d’une nef de quatre travées, d’un chœur, d’un sanctuaire sans absides, de deux bas-côtés voûtés avec nervures, et d’une chapelle Saint-Loup en saillie sur le bas-côté nord.
Les commandeurs de l’Ordre de Malte financèrent le sanctuaire, le chœur et les bas-côtés, tandis que les habitants prirent à leur charge la nef. Ce partage illustre le lien profond entre la communauté religieuse et le peuple de La Croix.
Mais l’église recèle d’autres secrets. Au XIXe siècle, le Vicomte de Ponton d’Amécourt, président de la Société archéologique de la Seine-et-Marne, y identifie des tombes de Templiers ornées de croix latines. Malheureusement, ces dalles ont été déplacées depuis — un mystère qui perdure.
Autre fait marquant : une pierre sépulcrale datée de 1540 appartenant aux familles Robsis et Garnier a été découverte, puis utilisée comme décrottoir à l’extérieur de l’église. Grâce à l’action du Vicomte et d’une collecte, elle a été réinstallée dignement à l’intérieur du sanctuaire.
Temps modernes et Révolution
Au XVIIIe siècle, les marchés et foires médiévaux disparaissent. On perd ce marché du mardi et ces deux foires annuelles des saints Maur (15 janvier) et Croix (3 mai).
En 1790, La Croix obtient les droits d’octroi et d’entrée au titre de ville. Mais en 1793, la Révolution frappe de plein fouet : tous les biens de l’Ordre de Malte sont confisqués. Les terres agricoles, le château du Saussoye et la commanderie sont vendus à des particuliers.
Claude de Rouvray de Saint-Simon, dernier commandeur de La Croix, avait auparavant restauré et embelli la façade de la commanderie, située sur la route de Provins à Paris. Avec lui, l’Ordre de Malte s’éteint à La Croix-en-Brie.
L’occupation cosaque et la Grande Guerre
En 1814, les Cosaques occupent le village pour quelques semaines avant la bataille de Paris du 31 mars 1814, où 15 000 hommes trouvent la mort en moins de 24 heures, marquant la chute de Napoléon.
Pendant la Première Guerre mondiale, les archives du 2 mars 1918 révèlent un témoignage poignant : le Crucibriard Raynaud Edmond est mis à disposition de la commune. Trois jours par semaine, il aide les veuves et femmes de mobilisés ; le reste du temps, il travaille pour le Commandant Bédouin.
Chronique d’une transformation : les dates clés
- 1855 — Création du lavoir couvert
- 1876 — Première installation de l’eau courante
- 1883 — Le château du Saussoye devient l’école
- 1901 — Annuaire répertoriant 27 activités et 55 commerçants
- 1902 — Création de la gare après une longue bataille administrative
- 1905 — Séparation des Églises et de l’État : La Croix reçoit 408 francs
- 1907 — L’école compte 46 élèves (contre 136 aujourd’hui)
- 1908 — Autorisation de destruction des archives municipales
- 1913 — 9 auberges et débits de boissons recensés
- 1965 — Suppression de la ligne de chemin de fer
- 1981 — Le lavoir devient garage, puis salle polyvalente
- 1990 — L’ancien presbytère devient la mairie
- 2013 — Création du blason communal
Fêtes, coutumes et traditions
Le gâteau de mariage médiéval
Lorsque Thibaut IV de Champagne part pour la Terre Sainte, il cède aux moines de La Croix de nombreux privilèges, dont le droit de jambage. En 1302, ce droit est transformé en une obligation bien singulière : chaque mariée doit offrir un gâteau le jour de ses noces.
Les ingrédients sont précisés dans les textes : « Un gâteau composé de la plus fine fleur d’un demi-boisseau de blé, de cinq livres de beurre fraîchement pétri, avec trois quarterons d’œufs, et moult bien doré d’œufs et miel. »
À l’échelle moderne, cela représente 7 kg de farine, 2,5 kg de beurre et 75 œufs — un gâteau colossal où le sucre, inexistant à l’époque, était remplacé par du miel.
La fête du laboureur
Vers 1790, le bailli de Saint-Simon, dernier commandeur, institue une fête champêtre annuelle pour récompenser l’agriculture. Chaque année, un repas somptueux est offert et un prix de 200 livres attribué au laboureur aux terres les mieux cultivées.
Les fermiers conclurent entre eux un accord pour que le prix passe tour à tour. La fête perdit alors son sens et fut abandonnée.
La fête de Saint-Loup
Le 1er septembre, jour de Saint-Loup et du pèlerinage, une fête patronale avait lieu à la chapelle de la Commanderie, puis à l’église. Déplacée au premier dimanche de septembre, cette tradition locale atteste de la forte ancrage religieux de La Croix.
Le Roman de Renart et notre goupil
Savez-vous qu’un prêtre de La Croix-en-Brie a écrit une partie du célèbre Roman de Renart ?
Ce n’est pas un roman au sens moderne du terme, mais un ensemble de récits médiévaux en vers écrits en ancien français par différents auteurs appelés « branches ». La branche IX est l’œuvre d’un prêtre de notre village — une chance incroyable, car très peu d’auteurs de ce recueil ont été identifiés.
C’est cette connexion exceptionnelle qui explique la présence du renard (goupil) sur notre blason communal. Notre village a littéralement marqué la littérature française du Moyen Âge.
Le blason : l’âme de La Croix-en-Brie
Créé en 2013, notre blason raconte notre histoire en un coup d’œil :
« Parti, coupé de gueules à une croix de Malte d’argent à 8 branches. D’azur à épi de blé en bande. D’argent à un renard (goupil) de gueules et d’argent. »
- La croix de Malte évoque la commanderie de l’Ordre de Malte, présente du XIIIe siècle jusqu’à la Révolution.
- L’épi de blé symbolise la tradition agricole de notre terre briarde.
- Le renard rend hommage au Roman de Renart et à notre prêtre médiéval.
- Le rouge incarne la Brie, mais aussi l’amour, la force et le courage en héraldique.